APRES LA GUERRE

La répression  

Le 1er avril 1939, c'est-à-dire le même jour de la proclamation de la victoire, les Etats-Unis reconnaissent le régime nationaliste.
     La France envoie un ambassadeur. Elle restitue les navires de guerre républicains qu’elle détenait à Bizerte ; elle rend à l’Espagne les œuvres d’art et l’argent que la République lui avait envoyé officiellement (pas les autres) ainsi que les armes et le matériel roulant.
      Genève rend les tableaux des musées que des républicains consciencieux  * et responsables leur avaient fait parvenir.
      Le 20 avril le très célèbre Comité de Non Intervention est dissout.
      Le 26 mai la Légion Condor part vers l’Allemagne. Le 31 c’est le tour des Italiens.

      Les soldats républicains et leurs familles auront beaucoup de mal à trouver asile. Ils avaient souffert avant la guerre. Ils avaient souffert pendant la guerre ; ils avaient souffert pour échapper aux nationalistes, ils allaient souffrir dans des camps de réfugiés. Ils souffriront encore, à leur sortie. pour trouver un emploi dans les travaux les plus pénibles. Ils souffriront pourse faire une place dans les pays d’accueil.
Et ils souffriront toute leurs vie, déracinés qu’ils seront jusqu'à leur mort, pleurant de nostalgie à la moindre chanson régionale, entendue loin de leur pays. Mais par pudeur, ils en parleront rarement ....

  En Espagne, la répression allait continuer longtemps encore. Je crois bien connaître les Espagnols et je ne fais pas la même analyse que les auteurs desquels j’ai tiré tous ces renseignements. On charge le gouvernement de Franco, pour ne pas dire uniquement Franco, de la responsabilité de cette répression. Je pense que les choses ne furent pas aussi simples. Voici mon explication que vous n'êtes pas obligés de prendre à la lettre, mais que je crois assez juste.>

    Dans l’Administration, dans la police des places étaient restées vides. Dans l’armée, par contre, c’était l’inverse, le travail manquait et il fallait démobiliser. Alors s’ensuivit une lutte acharnée, soit pour conserver ses places et les galons dans l’armée, soit pour accéder aux postes libres. Les trafics d’influence, les pots de vins, le "piston" commencèrent, mais il y avait aussi, des choses bien plus infamantes: Tous ces gens voulaient être agréables au nouveau pouvoir, d’où le climat de délation, d’excès de zèle, de servilité, qui allait s'instaurer. A cela s’ajoutaient les vengeances, (et il y avait beaucoup à venger)
Il y avait aussi les propriétés convoitées, la concurrence, les querelles de voisinage, des rivalités amoureuses… et la liste serait longue.

Les auteurs du Movimiento avaient justifié celui-ci par l’anarchie criminelle qui régnait dans cette Espagne de 1936, mais dans les années suivantes, ils ne prirent aucune mesure pour juguler la répression et les assassinats. Rien pour freiner ce déchaînement d’horreurs.On ne trouve plus de mots pour en faire la description. Les années précédant la guerre avaient été horribles, la guerre: un véritable massacre, la post-guerre: la bassesse et l'horreur.
C'est là le plus gros reproche que l’Histoire pourra leur faire.

Car la répression allait être terrible.
Les chiffres les plus cités, sont de 192 684 morts mais ils sont contestés.( ces chiffres d' Hugh Thomas sont de plus en plus contestés) Dans le camp républicain on parle de plus de 200 000 morts, d'autres de 300 000, d'autres encore de 750 000.(ce chiffre est totalement exagéré) Ils sont aussi contestés par certains historiens de droite qui les situent entre 20 000 et 50 000 morts. Pio Moa, par exemple parle de 20 500 morts
Certains on dit qu'il fallait bien assagir, dompter ce peuple bouillonnant. Fallait-il tuer pour mater? Ne fallait-il pas aussi maitriser cette soif de vengeance de la part des " vainqueurs " ! A la fin de 1939 on évaluait déjà à 100 000 le nombre d’exécutions commises par les nationalistes après la fin de la guerre. On cite l'exemple où l’on fusilla dix hommes qui avaient participé au massacre des 8 000 prisonniers politiques de la Carcel Modelo, mais on fusilla aussi des maires de communes où il y avait eu des assassinats perpétrés par les "rouges" ; on assassina pratiquement tous les officiers Républicains que l’on avait pu prendre; (mais pas les militaires sans grades); des personnes accusées d’avoir incendié des églises ou des bâtiments publics ; des civils ayant eu des hautes fonctions dans l’Administration républicaine.

On a estimé que jusqu'à la fin de l’année 1939, il y avait 250 personnes fusillées par jour à Madrid, 150 à Barcelone, 80 à Séville. En 1942 deux millions de personnes auraient passé par des prisons ou des camps de concentration, purgeant des peines allant jusqu'à trente ans. Heureusement ils bénéficieront de nombreuses réductions de peines. 241 000 personnes auraient passé des séjours plus ou moins longs, entassés dans des prisons immondes.

Dans ma famille: mes parents retournèrent en Espagne en 1949 et ne furent inquiétés. Un de mes oncles, qui avait déserté de l'armée nationaliste, pour rejoindre" los rojos" nous avait précédés en 1948 et n'avait pas eu de sanctions. Un cousin germain de mon père, maire du village de 1931 à 1936 avait choisi d'y revenir déjà en 1939. On lui infligea une amende assez forte, mais aucune contrainte corporelle.(Un autre oncle attendit 1960 pour revenir en Espagne et le dernier préféra rester en France)
La peur que nous inspirait l’Administration et surtout la "guardia-civil" venait de cette atmosphère. La guerre était là, présente, latente, malgré les 10 ans écoulés. Pourtant, ces "gardes civils" étaient Andalous ou Galiciens et leurs parents avaient du faire la guerre dans le camp républicain puisque les petits postes étaient tenus par des gens venus des classes sociales les plus "défavorisées". Mais tous ces gens, conscients du pouvoir - on pourrait presque dire la toute puissance- que leur donnait le régime franquiste, en usaient et en abusaient.
Il n'y avait pas une dictature, mais des centaines de milliers de petits dictateurs zélés, imbus de leurs personnes, méprisants, menaçants. (et je me retiens pour ne pas dire minables).
J’appelle cela de la basse servilité. Ce mot en espagnol s'appelle "servilismo" et je trouve que "servilisme" aurait mieux traduit ce comportement des plus écœurant.
Et cette servilité on la retrouvait aussi et surtout chez les journalistes. On pouvait la lire et la sentir à longueur d'années dans les colonnes des journaux. Et on pourrait dire: il fallait bien qu'ils mangent et c'était peut-être la seule façon, mais alors pourquoi ces mêmes journalistes, après la mort de Franco, se découvrirent une âme de justicier dénonçant la dictature avec autant de zèle et de courage qu'ils avaient mis auparavant à lui lècher les bottes??

*Un livre que j'ai lu récemment donne une toute autre version. Les oeuvres expatriées par des "républicains" soucieux de préserver le trésor
artistique de l'Espagne de la destruction des masses incultes étaient, en fait, destinées ......à Staline. Pour étayer sa version l'auteur écrit que celui-ci envoya une énorme livraison d'armes (qui d'ailleurs échoua à Bordeaux et ne put être livrée ) alors que la guerre était pratiquement perdue et qu'il prétendait ne plus avoir de crédits de la part des Républicains. D'autre part toutes ces oeuvres étaient tellement connues qu'elles ne pouvaient être négociées dans le commerce sans que le monde entier crie au scandale et jette le discrédit sur les dirigeants Républicains. L'Histoire (lointaine) dira qui avait raison