ELECTIONS DE 1931![]()
Le résultat exact de ses élections n'a jamais été
officiellement publié et pour cause puisqu'on ne s'occupe pas de terminer
le dépouillement.
Les premiers chiffres donnent 22 150 sièges aux monarchistes, 5 875 à
l'opposition , mais comme toutes les grandes villes ont voté massivement
contre, on ne s'occupe plus du reste du pays. A Madrid, Barcelone et d'autres
grandes villes les gens sortent dans la rue, s'embrassent et chantent la marseillaise.
C'est une immense explosion de joie! Une kermesse d'un bout à l'autre
de l'Espagne avec tous les débordements que l'on peut facilement imaginer,
mais la police n'intervient pas une seule fois.
Alphonse XIII est, paraît-il calme, blasé, (après tout
ce qu'il a fait pour son peuple, le peuple ne l'aime plus et le chasse ! pense-t-il)
quelques uns disent même, qu'il est soulagé. Il n'entend pas s'opposer
à la décision des urnes. Il le dit d'ailleurs: « Je n'entends
pas que, pour moi, se répande une seule goutte de sang espagnol »
Certains n'ont pas perdu de temps. A Barcelone Luis COMPANYS s'adressant à
la foule proclame la République et, à la "Diputación",
le colonel Macia précise : la République Catalane! Partout, les
gens sont de plus en plus nombreux à crier leur joie.
Au cours de ce qui sera le dernier Conseil de la monarchie, le roi demande
s'il doit rester ou partir. Les avis sont partagés, le débat enflammé.
Selon des historiens, la Franc-maçonnerie avait infiltré tous
les milieux politiques y compris l'entourage proche du Roi et ils ne firent
rien, ni pour le défendre, ni pour défendre la monarchie
Un dernier avis, celui du ministre de la Guerre, le général BERENGUER,
va confirmer le départ. Le général pense que l'affrontement
entre l'armée et le peuple serait un crime; Qui plus est, il n'est pas
sûr que les soldats obéiront jusqu'au bout. Alphonse XIII arrête
la discussion: "Faire couler le sang espagnol! Non, à aucun prix!
Un accord avec le Comité Révolutionnaire est rapidement conclu.
Le roi s'en va.....
Dans la rue l'excitation est à son comble. La situation devient dangereuse.
Partout ce ne sont que rires et enthousiasme, l'Espagne est une immense "fiesta".
L'autre Espagne se terre consternée. De derrière les rideaux,
elle regarde le spectacle, mais ne bouge pas.
On dit que toutes les révolutions commencent par la joie et se terminent
par les pleurs. Ce sera malheureusement le cas en Espagne !
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Le Comité Révolutionnaire qui s'est créé, s'autoproclame
Gouvernement Provisoire. Il va essayer de ramener un peu d’ordre. Il fait
une déclaration : "- On doit lui faire confiance et respecter l'ordre
public: -"Le Gouvernement, qui ne fait qu'un avec le peuple, résoudra
tous les problèmes. Nous avons réussi ce que ni l'Angleterre,
ni la France, ni les Etat Unis, ni la Russie n'ont su faire : Une révolution
pacifique !"-
De son côté, avant de partir, le roi a invité ses fidèles
à ne rien faire qui puisse gêner ses successeurs.
L'Eglise a eu le même comportement. Elle s'est immédiatement ralliée
au nouveau pouvoir ce qui laisse à penser qu'elle s'était depuis
longtemps préparée à cet événement. (On assure
que les prêtres dans les campagnes auraient voté pour la République)
Le Temps du 17 avril 1931 rapporte que le Vatican considère l'instauration
de la république sans aucune appréhension.
Tout le monde peut, en effet, s'enorgueillir de sa maturité politique. L'orgueil espagnol est flatté. Le 15 avril 1931 c'est une nouvelle ère qui commence pour l'Espagne. Elle ne va pas durer longtemps !
Il est curieux de constater que, de tous les historiens qui ont étudié
cette époque et la guerre civile d'Espagne, très peu- on serait
tenté de dire aucun- ont souligné le caractère paradoxal
de la situation politique du début de la II République. On a beaucoup
parlé de la légitimité sortie des urnes. On pourrait dire
que toute l'Histoire de cette guerre s'est appuyée sur ce mot qui, de
ce fait, devient le mot clé et d'une importance capitale. En ce qui concerne
l'avènement de la République on pourrait longuement ironiser dessus.
Il est vrai que les révolutions ne s'embarrassent guère de principes
démocratiques autres que ceux que les auteurs veulent bien s'accorder.
Du point de vue juridico-démocratique –je ne sais pas si ce mot
existe vraiment, mais s'il n'existe pas il faut l'inventer- cette nouvelle République
espagnole prenait naissance dans la plus complète illégalité.
Premièrement, les dépouillements de bulletins n'avaient pas été
menés au bout et on ignorait les véritables résultats.
Les politiciens savaient bien qu'à part les grandes villes, les villes
de moyenne importance et la campagne avaient massivement voté pour la
monarchie. Ils avaient tout intérêt à ne pas aller plus
loin dans les scrutins!
Deuxièmement les élections qui venaient de se dérouler
étaient des élections municipales et non législatives.
De ce fait, les hommes du comité révolutionnaire n'avaient aucune
légitimité "ministérielle".
Troisièmement, le "comité révolutionnaire" s'était
autoproclamé Gouvernement Provisoire, puis dans "le décret
du 14 avril" il s'octroya les pleins pouvoirs ……qu'il
estimait avoir "reçu du peuple" pour exercer
les fonctions souveraines de l'Etat.
Pourtant ce "décret du 14 avril 1931" en première lecture
et pour les non-initiés, parait plein d'intentions louables et démocratiques.
Et il faut être rompu aux subtilités et pratiques de la politique
pour y trouver, dans les différentes interprétations possibles,
dans les omissions et les silences, tous les pièges tendus. Mais si bonnes
intentions il y avait, c'était sans compter sur les anarchistes, ni sur
la branche dure du parti socialiste de Largo Caballero, ni sur l'UGT, ni sur
le sectarisme et l'anticléricalisme d'un certain nombre de membres du
gouvernement et sans compter, non plus, sur les 180 députés affiliés
aux différentes loges maçonniques !
Le 1er mai, soit 16 jours plus tard, à Villafuente (Palencia) on retrouve
le curé du village mort, cloué au sol traversé par un bâton.
À Barcelone, un "garde civil" meurt, roué de coups par
quinze personnes. C'est le point de départ.
Le 11 mai, des manifestations "spontanées", se rassemblent
dans toute l'Espagne. Elles réclament l'expulsion des évêques,
la dissolution des congrégations, le licenciement de la " guardia
civil ". A onze heures, les foules, surexcitées par des agitateurs,
se déchaînent, des centaines d'édifices religieux sont incendiés
dans tout le pays.
La nouvelle ère de paix et de démocratie promise a duré
16 jours. Après avoir semé le vent, pour "soulever le peuple",
il va falloir, maintenant, gérer la tempête.
Et il ne faut surtout pas oublier que nous sommes en Espagne, le pays de tous
les extrêmes!